Sécuritaire

Filed Under (Carnet de bord) by Jean-Philippe on 28-06-2002

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Il y a beaucoup de termes que j’ai appris depuis que je connais le Québec. Beaucoup de mots que, naturellement, j’emploie de plus en plus au contact des Québécois. Parmi ces mots, il y a le terme « sécuritaire ». C’est un terme de la langue française, ce n’est donc pas un néologisme local. Reste que ce mot est employé tellement souvent ici qu’il apparaît presque comme une spécificité québécoise. On parlera ainsi de voiture sécuritaire, de placements sécuritaires, de comportements sécuritaires, etc.

Mais le terme prend toute sa dimension lorsque l’on met le nez dehors. Après six années passées à Paris, puis dans d’autres grandes villes françaises, la méfiance était devenue comme une seconde nature, un véritable instinct ! Ce n’est pas par hasard que l’insécurité soit désormais la principale préoccupation des Français.

Ici, pas de voitures incendiées, pas d’émeutes (si l’on met de côté un concert rock il y a quelques années), pas d’attaque de fourgons blindés, pas ou peu de vandalisme. Les cabines téléphoniques fonctionnent encore toutes à pièces de monnaie et elles sont en parfait état.

Car l’insécurité née d’un sentiment. Je m’explique : même si vous n’avez pas été sujet à une agression, si vous constatez des marques de violence dans votre environnement, vous allez naturellement avoir une certaine appréhension. Par contre, si tout autour de vous semble en ordre, vous n’aurez pas de raison d’avoir peur. J’avoue que même à Montréal, je me sens en parfaite sécurité, donc, vraiment libre de tous mes mouvements !

Moins de violence, moins de peur, moins d’affrontement… Ca change la vie ! Y-a t-il pour autant moins de liberté et plus de policiers ? Justement pas ! Je m’étonne de voir si peu de policiers dans les rues, à se demander presque s’il se passe quelque chose en ville ! D’ailleurs, en regardant le journal télévisé, on voit bien que la violence est quasi absente ! On parle de choses dramatiques, telles qu’un enfant battu ou un père qui tue sa famille. Des sujets graves mais qui ne feraient qu’un passage éclair au journal de TF1… Ici, ca vaut un reportage de 10 minutes ! Oh ! Heureusement pour le Journal de Montréal et pour TVA, il y a les gangs de motards pour vendre leur soupe, sans cela, je ne sais pas ce qu’ils deviendraient eux-autres !

Chronique parue sur le site immigrer.com en juin 2002

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Bagages pour Montréal

Filed Under (Carnet de bord) by Jean-Philippe on 06-06-2002

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Me voilà donc face à ma première « page blanche ». Face à cette première chronique, qui ressemble tant, dans le fond, à ce qu’est une immigration : une page blanche dans le livre de notre vie.

J’aime d’ailleurs souvent comparer la vie à un livre. Ou devrais-je dire à un ouvrage ! Le double sens de ce terme est beaucoup plus révélateur. On ne repart donc jamais de zéro. Notre passé est là, juste inscrit sur les pages précédentes. Changer de pays, c’est commencer un nouveau chapitre, commencer de nouvelles expériences. Mais notre vécu, lui, il est toujours bel et bien présent, jamais très loin.

Évidemment, une immigration, de nos jours, ne ressemble en rien à ce qu’ont connu nos prédécesseurs du siècle dernier. Finis les vieux cargos rouillés et surchargés qui déversent un flot d’immigrants européens sur le port de Montréal. Finies les longues files d’attentes pour faire étamper son visa. Même s’il est difficile de trouver un logement à Montréal, nous avons la chance de ne pas être entassés dans des entrepôts désaffectés le temps de trouver un travail.

Loin donc de ces images de documentaires historiques, l’immigration n’en reste pas moins une aventure et ça serait une grave erreur que de sous-estimer ce qui nous attend. Nos bagages, il faut bien les poser quelque part. Notre vie, il faut bien la reconstruire. L’erreur serait de penser que notre nouvelle terre d’accueil va s’adapter d’elle-même à notre arrivée, comme si elle n’attendait que nous. C’est à nous de faire l’effort d’adaptation à un nouveau style de vie, non pas l’inverse.

L’immigration n’est donc rien d’autre qu’une grande et belle aventure. L’aventure avec son lot de bonnes, mais aussi de mauvaises surprises. Ce qui est le plus frappant, je pense, c’est de constater le fossé qu’il y a sitôt que l’on passe du statut de « touriste » à celui « d’immigrant ». On voit les choses de manière tellement différente, comme si l’on redécouvrait une nouvelle fois le Québec. Même après huit mois passés ici, je me surprends parfois à me pincer en me disant : « Bon Dieu, je suis à Montréal ! C’est tellement dingue ! ». Mes bagages à moi sont donc posés. Mais l’aventure ne fait que commencer et ma page blanche a fini par se remplir, tout comme ma nouvelle vie ici…

Chronique parue sur le site immigrer.com en juin 2002

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