D’habitude, depuis que l’élection du président de la république française se fait au suffrage universel direct, le candidat arrivé troisième, donne (ou non), ses consignes de vote pour le second tour et s’éclipse afin de laisser le champ libre aux débats entre les deux finalistes.
Mais ici, François Bayrou joue les prolongations. Il souhaite un débat avec Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal entre les deux tours. Seule, la candidate socialiste acceptera le dialogue public. C’est un peu ridicule.
Les Français, le 6 mai, auront à choisir entre deux candidats, pas trois, ni quatre. Juste deux ! Le 6 mai, les Français devront choisir entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal… Pas entre Ségolène Royal et François Bayrou. Le candidat UDF joue au figurant qui tenterait de prendre le premier rôle, alors qu’il n’a pas été retenu par le casting le 22 avril !
Ses idées, François Bayrou a eu largement le temps d’en parler, de les présenter aux Français durant au moins six mois (les campagnes électorales en France sont très longues). Alors que vient-il faire ici, alors que les Français ne voulaient pas de lui au second tour ? À ce moment-là, pourquoi ne pas faire des débats avec le quatrième (Jean-Marie Le Pen), le cinquième (Olivier Besancenot) ?… Pourquoi pas ? Si un exclu du second tour peut débattre avec des finalistes, pourquoi lui et pas les autres ?
Rendus là, pourquoi donc y a t-il un premier tour à cette élection ?
Et là, je m’amuse. Je m’amuse de voir, de loin, François Bayrou s’inventer une virginité politique. Je m’amuse de lire les déclarations du candidat centriste, nous dire qu’il est l’homme du changement !
Tu parles de changement ! Depuis 1979, François Bayrou côtoie le pouvoir. Tout d’abord au ministère de l’agriculture, aux côtés de Pierre Méhaignerie, puis durant quatre ans au ministère de l’Éducation nationale, entre 1993 et 1997.
Je me souviendrais de l’arrivée de François Bayrou à l’éducation. Lui et ses belles promesses de changement. Son discours enflammé, parlant de réformes, d’éducation du XXIe siècle ! … Mais en quatre ans, le ministre Bayrou n’a rien fait ! Rien ! … Ah ! Je suis ingrat. Oui, il a fait une chose : mettre en place un numéro vert (l’équivalent de nos numéros 1-800), pour les profs battus. En quatre ans !
François Bayrou, à l’éducation nationale, et comme j’en parlais dans un billet précédent, était incapable de s’imposer et de prendre des décisions. Il faisait de l’œil à la gauche étudiante (UNEF), sans vouloir s’aliéner la droite universitaire (UNI). En quelques mois, envolés les beaux discours, les belles promesses… Bayrou était redevenu l’homme du système, ce même système qu’il pourfend si violemment depuis quelques mois. Quelle ironie !
Aujourd’hui, François Bayrou aimerait donc nous faire croire que ce qu’il n’a pas réussit dans un seul ministère (certes, pas le plus facile à gérer), il serait capable de le faire à grandeur du pays et des institutions ? Comme on dit au Québec : “Retourne donc faire tes devoirs, et on verra si tu es capable après”.
Et là, François Bayrou déraille. Depuis le premier tour, et son score relativement élevé (18.6%), le candidat centriste joue donc les prolongations et tente de s’approprier une partie du débat.
Sans le dire franchement, François Bayrou entre-ouvre la porte à la candidate socialiste, sans trop que cela paraisse, tout en égratignant le candidat de l’union de la droite, Nicolas Sarkozy… sans trop s’acharner dessus.
La chimère du grand parti centriste
Gonflé comme un ballon de baudruche par son score du premier tour (même s’il était bien distancé par les deux finalistes), il se prend à rêver. Bayrou n’a plus les pieds sur terre… déjà, il parle d’un grand Parti Démocrate, sans doute à l’image de celui que l’on connaît aux États-Unis. Il imagine ses “presque” 20% d’électeurs le rejoindre dans cette formation, créant un “grand centre”, jouant les contrepoids aux deux grandes formations politiques françaises.
Mais François Bayrou semble bien mal connaître son électorat. Et ça, c’est quelque chose d’assez frappant lorsque l’on lit ses déclarations. François Bayrou à l’air de s’imaginer que son électorat est cohérent. Un bon électorat centriste, comme aux grandes heures de l’UDF et de Valéry Giscard d’Estaing, ou encore du MRP et de Jean Lecanuet.
François Bayrou oublie que son électorat est bien différent. Il oublie qu’entre 2002 avec ses 7% obtenus et 2007 avec 18.6%, il y a une différence de taille : il ne contrôle pas son électorat ! Et il doit s’en rendre un peu compte, car tout en faisant des appels du pied à Ségolène Royal, il se garde bien d’appeler ouvertement à voter pour elle au second tour.
Mais c’est Matignon qu’il veut… et il le veut depuis déjà bien longtemps. Déjà en 2002, il en avait voulu à mort à Jacques Chirac de ne pas l’avoir nommé premier ministre. Même en 1995, en ralliant Édouard Balladur, il espérait damer le pion de Nicolas Sarkozy afin d’être le nouveau locataire de l’hôtel Matignon… en vain.
Il sait bien aujourd’hui, qu’il a plus de chances de réaliser son rêve depuis que Ségolène Royal lui fait du charme, qu’avec Nicolas Sarkozy qui n’apprécie pas vraiment la multitude de retournements de veste du candidat Bayrou.
Un électorat plutôt centre-droit que centre-gauche
Et l’on reparle de son électorat. Un électorat centriste de l’UDF, beaucoup plus au centre-droit que son chef. Un électorat qui, traditionnellement, vote majoritairement pour le candidat de droite au second tour. Même parmi les députés UDF, la grogne se fait entendre. De nombreux députés UDF ont fait savoir qu’ils n’accepteraient jamais que leur chef apporte son soutien aux socialistes. D’ailleurs, pourquoi soutiendraient-ils le parti socialiste le plus à gauche en Europe ? Cela va à l’encontre de bien des valeurs centristes.
Déjà, 23 parlementaires UDF (dont 19 députés), ont apportés leur soutien à Nicolas Sarkozy. Même Charles de Courson, pourtant un soutien inconditionnel de François Bayrou, s’est affiché aux côtés de Nicolas Sarkozy en visite dans son département. Pire encore, le fondateur de l’UDF, l’ancien président de la république Valéry Giscard d’Estaing, soutien Nicolas Sarkozy et le reçoit même chez lui, à Chanonat. Un coup dur pour l’actuel président de l’UDF.
Et Bayrou doit aussi se gratter la tête en lisant les sondages : 51% de ses électeurs font plus confiance à Nicolas Sarkozy pour réformer le pays (24% pour Ségolène Royal). 42% des électeurs UDF pensent que Nicolas Sarkozy ferait un bon président de la république (20% pour Ségolène Royal).
Que va donc t-il apporter à Ségolène Royal ? 4 ou 5% ? Alors que Nicolas Sarkozy devrait disposer aux alentours de 10 points supplémentaires, apportés par les centristes ? C’est sur cette base que François Bayrou souhaite créer un grand parti centriste ?
Un bon score durant une élection, n’a jamais été un gage de pérennité. Parlez-en à Philippe de Villiers, arrivé troisième aux élections européennes de 1994 avec plus de 12% des voix ! On peut aussi parler de Jean-Marie Le Pen qui, en 2002, a obtenu près de 17% des voix aux élections présidentielles.
Faire un “bon coup” n’est pas très compliqué lorsque l’on sait vendre sa salade, lorsque l’on répond à une certaine attente de l’électorat. Par contre, il est plus difficile de maintenir le cap, alors que François Bayrou a toujours agit en girouette. Son “Parti Démocrate” risque bien d’être une autre coquille vide centriste, une fois qu’il aura perdu une partie de ses députés et de son électorat au profit de Nicolas Sarkozy.
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