juin 13
2007Il ne faut bien entendu pas pelleter la neige avant qu’elle ne soit tombée. Mais, quelques jours après le résultat du premier tour des élections législatives françaises, il convient de s’interroger sur l’avenir de la gauche en général, et du Parti socialiste en particulier.

En 1993, j’étais en politique… Cela faisait deux ans que j’y baignais dedans jusqu’au cou. En 1993, une “vague bleue” déferla sur la France, un score historique pour la droite (RPR, UDF et divers droite).
À l’époque, le mitterrandisme montrait ses premières faiblesses et après une victoire aussi importante pour la droite, certains n’hésitaient pas à dire que la gauche n’allait pas pouvoir s’en remettre durant vingt ans !
C’était peut-être exagéré, mais si la gauche n’avait pas bénéficié de la centaine de triangulaires avec le Front national en 1997 (la droite était alors majoritaire en terme de voix), le Parti socialiste ne serait jamais revenu au pouvoir. D’ailleurs, preuve que les résultats des législatives de 1997 furent un “accident”, cinq ans plus tard, la gauche fût incapable d’accéder au deuxième tour des présidentielles !
Cette victoire de la “gauche plurielle” en 1997, évita également au Parti Socialiste de poursuivre sa (timide) remise en question, de l’après Beresina de 1993. Évidemment, le retour de l’archaïsme incarné par Lionel Jospin, n’aida pas les rénovateurs socialistes.
Cinq semaines après la belle victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle, la gauche française subit un nouveau KO ! Cette fois, la droite n’a jamais atteint des scores aussi élevés dans toute l’histoire de la Cinquième république.
Contrairement à 1993, la situation est bien pire pour la gauche. En effet, en 1993, François Mitterrand était encore à l’Élysée et pouvait ainsi rendre service à l’opposition. De plus, la droite était encore désunie et la compétition entre Jacques Chirac et Édouard Balladur était de plus en plus évidente.
Cette année, la droite dispose d’une cote de popularité inégalée. Nicolas Sarkozy, qu’on le veuille ou non, apporte un renouveau politique en changeant l’approche que l’on pouvait avoir de l’institution présidentielle. Et, pour le moment, cela fonctionne.
Autre nouveauté : le milieu intellectuel et artistique, autrefois très fidèle à la gauche, est en train de lâcher complètement le Parti socialiste pour soutenir le nouveau président. Dernier en date, l’acteur Gérard Depardieu, qui s’était toujours déclaré à gauche et qui n’hésite pas aujourd’hui à définir ses anciens amis comme des “minables”.
Autant de personnalités de gauche qui virent à droite, c’est du jamais vu !
Dimanche, en regardant le débat d’après premier tour, j’avais honte pour la gauche française. Face aux représentants de l’UMP, que cela soit l’arrogant Laurent Fabius, François Hollande le porcinet ou encore Élisabeth Guigou l’insolante, n’avaient qu’un argument en bouche : le score de la droite est indescent, la droite ne doit pas gagner aussi largement !

J’étais ébahi ! … En fait, en écoutant des petits roquets comme Fabius, on avait l’impression que la droite devait se repentir. Qu’elle avait fauté en ayant un tel résultat ! À aucun moment les représentants de la gauche se sont dit : “si nous avons subit un tel revers, c’est que nous n’avons pas su convaincre, ou que notre programme n’était pas suffisamment bon”.
Car enfin, si la gauche avait pu être convainquante, si la gauche avait su rassembler autour d’un programme qui avait de l’allure, avec des propositions intéressantes tout en proposant une véritable alternative à l’UMP… ben les électeurs auraient voté pour eux ! Ce n’est tout de même pas à la droite d’aller au devant des Français pour leur dire : “faudrait pas que l’on aie trop de députés, il va falloir un peu voter pour la gauche !”.
C’est ridicule ! Le seul argument que les socialistes avaient en bouche, c’est de ne pas procurer une majorité “écrasante” à la droite ! Tu parles d’une proposition constructive !
En fait, avec la gauche française, lorsqu’ils gagnent, c’est grâce à leur bon programme, s’ils perdent, c’est à cause de la droite !
Il ne faut pas s’étonner du piètre score du PS (28.5%), et du fort taux d’absention dans leurs rangs (seulement 72% des électeurs de Marie-Ségolène ont voté pour le PS le 10 juin dernier)… Et pour en rajouter, la gauche est maintenant incapable de parler d’une seule voix. Tantôt c’est François Hollande qui représente l’opposition, tantôt Ségolène Royal. Tantôt Marie-Ségolène tisse un lien avec le parti centriste de François Bayrou, tantôt les dirigeants du PS balaie toute alliance avec le MoDem du revers de la main.
Il est clair qu’en Hollande, Royal, Fabius et Strauss-Khan, le PS apparaît de plus en plus comme un parti archaïque et anarchique. On se demande bien qui va pouvoir sauver les socialistes, étant donné que leur pire handicap vient d’eux-mêmes !
Incapables de se réformer contrairement aux autres partis de gauche en Europe. Incapables de sortir du socialisme pur et dur, ils n’arrivent même pas à réellement s’opposer aux projets de la droite, alors que ces projets ont déjà, pour un grand nombre, été appliqué dans d’autres pays européen par des partis… de gauche justement !
Les socialistes français n’ont plus aucune prise sur les événements, et il va falloir s’attendre à une vraie guerre à l’interne dès lundi prochain. Le PS étant une véritable mosaïque de courants aussi divers que variés, la fragile unité de façade va voler en éclat sitôt les résultats du second tour connus.
Va y avoir du sport… et la droite française va avoir une avenue devant elle pour entreprendre ses réformes. À elle maintenant de ne pas décevoir !