Adieu Boris !
23 avril 2007
Boris Eltsine est mort aujourd’hui à l’âge de 76 ans. J’avoue que ça me fait un coup… Car même s’il n’a pas été le chef d’état russe le plus étincelant, il marqua l’histoire de la nouvelle Russie, quoiqu’on en dise.
Mettons de côté les pitreries journalistiques qui préféraient mettre de l’avant son goût prononcé pour l’alcool et ses écarts de conduite, plutôt que ce qu’il a apporté au peuple russe.
Boris Eltsine fût un chef d’état de transition. Le premier président de l’après Union Soviétique. Celui qui entreprit de gigantesques réformes constitutionnelles, qui posa les bases de l’économie de marché… des réformes colossales dans un pays qui s’est toujours réformé très lentement, et surtout, toujours aux prises avec un certain conservatisme.

Mais plus que toutes ces réformes, je retiendrais surtout un fait de l’histoire politique de Boris Eltsine : le courage dont il a fait preuve, en août 1991, pour s’opposer à la tentative de coup d’état de l’Armée Rouge.
Remise en contexte.
Le mur de Berlin s’est brisé moins de deux ans auparavant, mais le communisme est encore bien présent en Europe. Le bloc soviétique est en équilibre sur le fil du rasoir : cela peut encore pencher d’un bord, comme de l’autre.
En France (j’y vivais à l’époque), la menace soviétique qui était à 500 km des frontières françaises, n’était pas encore chose du passé. Je me souviens de cette époque où l’on pouvait lire parfois que l’Armée Rouge se trouvait à trois jours de la France… sans compter les milliers de missiles balistiques (les fameux SS-20), qui étaient, entre-autres, pointés dans notre direction.
Oui, Gorbatchev avait entamé des réformes, mais elles étaient très timides et surtout, faisait monter le mécontentement des communistes. On sentait la grogne, le malaise, la frustration. Les nostalgiques du grand empire soviétique ne voulaient pas laisser tomber le morceau aussi facilement.
Je me souviendrai toujours de cette nouvelle diffusée à la radio, dans la voiture de ma mère, ce jour de août 1991 : l’Armée Rouge tente de prendre le pouvoir à Moscou !… Nous étions interloqués, voire même terrifiés sur le coup.
Toutes ses années depuis la chute du mur nous avait fait oublier la menace soviétique… et voilà que cela semble repartir de plus belle !
Les analystes et les spécialistes en géopolitique se succèdent dans les médias. Ils sont dubitatifs et aucun n’apporte de véritables réponses. L’Europe a t-elle à craindre d’un retour des communistes ? Et si un malade prenait le pouvoir pour déclencher la troisième guerre mondiale ?
Cela durera plusieurs jours, je ne me souviens plus combien exactement. Quelques jours où le monde reteint sa respiration… Puis, voici un député du parlement, un inconnu pour les occidentaux, un certain Boris Eltsine s’amène avec quelques-uns de ses partisans pour s’opposer au coup d’état et défendre le bâtiment parlementaire.
S’amorce un duel et des tractations à n’en plus finir. La foule se masse, Eltsine n’hésite pas à monter sur un blindé des putschistes pour prononcer un discours enflammé. Grâce à lui, le peuple moscovite se mobilisa pour montrer que le peuple Russe ne souhaitait pas un retour en arrière.
Le pari est gagné. Les blindés se replient. Eltsine est devenu le héros du peuple, alors que l’apparatchik Gorbatchev restait impuissant.
D’ailleurs, cela provoquera la chute définitive du communisme russe. Gorbatchev fût pousser vers la sortie… et des élections libres eurent lieues.
Nous n’aurons jamais la certitude, mais peut-être que ce jour-là, Boris Eltsine a sauvé le monde, tel que nous le connaissons.
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