juil 08
2006Il l’a dit !
Filed Under (Actualité, Insolite, Québec) by Jean-Philippe on 08-07-2006
Tagged Under : Canada, Canadiens, France, Jean Charest, Québec
Le premier ministre du Québec, Jean Charest, est actuellement en tournée européenne. Il était hier l’invité de l’émission “Le grand rendez-vous” dans les studios d’Europe 1 à Paris. Émission qui sera diffusée demain sur TV5 Monde.
Pour le moment, rien de bien extraordinaire. Jean Charest rencontre ses homologues européens, rappelle au monde que le Québec existe et participe à des rencontres avec les médias.
Ce genre de visite passe même presque inaperçu, surtout en cette période de l’année où l’on pense plus à faire chauffer le barbecue qu’à suivre les déplacements de notre PM “adoré”.
Voici donc que dans les studios d’Europe 1, Jean Charest met les pieds dans le plat et parle d’indépendance du Québec, en allant même jusqu’à donner des arguments aux souverainistes qui n’en attendaient certainement pas autant !
Certes, vu de la France, la souveraineté du Québec revient toujours dans les discussions. Il était donc normal que cette question puisse être posée durant l’émission. C’est devenu une sorte de “figure imposée” pour tout premier ministre du Québec de passage en France.
C’est la réponse apportée par Jean Charest qui surprend : « La question aujourd’hui n’est plus de savoir si on a les moyens [de faire la souveraineté]. Oui, nous les avons. Personne ne remet ça en question. La vraie question est la suivante : “Qu’est-ce qui est dans notre intérêt à nous ? Qu’est-ce qui est le mieux pour le Québec ?”. »

Réponse très surprenante alors que, je vous le rappelle, Jean Charest est un premier ministre fédéraliste, chef du Parti Libéral du Québec, ancien chef du camp du “Non” au dernier référendum sur la souveraineté du Québec.
Je me permet de rappeler tout cela parce qu’en 1995, lors de ce fameux référendum, l’argument principal des fédéralistes reposait sur l’impossibilité qu’avait le Québec d’assumer son indépendance économique.
Pourtant, déjà à l’époque, le Québec (sans le Canada), se trouvait parmi les 15 principales puissances économiques de la planète. Que ses ressources naturelles, sa démographie, sa croissance économique était déjà supérieure à bien des pays indépendants tels que la Norvège, l’Australie et la Nouvelle-Zélande… Pourtant, personne ne s’interroge sur l’avenir de ces pays… Pourquoi alors se poser cette question par rapport au Québec ?
Mais l’argument porte. Les fédéralistes tentent même de faire peur en annonçant qu’un Québec indépendant ne pourra pas payer les fonds de retraites. Argument totalement faux, mais suffisant pour effrayer une partie de la population encore hésitante.
Jean Charest annonce donc que l’indépendance économique du Québec est tout à fait viable, détruisant ainsi le seul véritable argument fédéraliste.
La panique s’en suivi dans l’entourage du premier ministre, ce qui obligea Jean Charest à préciser sa pensée devant les journalistes québécois et canadiens. Mais le “mal” était fait et déjà, André Boisclair, chef du Parti Québécois, avait du mal à cacher sa jubilation.
Jean Charest rejoint là certains de ses prédécesseurs libéraux québécois qui, comme lui, bien que fédéralistes apportèrent leur pierre à l’édifice d’un futur Québec indépendant.
Parlons, par exemple, de Robert Bourassa qui, le 22 juin 1990, dans un discours historique à l’Assemblée nationale, déclarait que « le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement. »
Tout comme le discours de Robert Bourassa en 1990, il est fort à parier que “la déclaration de Paris” de Jean Charest en 2006, restera dans les annales de l’histoire du Québec…
