Étrange et imprévisible

Filed Under (Politique, Québec) by Jean-Philippe on 24-03-2007

Tagged Under : , , , , , ,

Si vous avez écouté la dernière émission du “Caribou Show”, vous avez pu m’entendre dire que le résultat de l’élection générale de lundi prochain était totalement imprévisible. Mais alors qu’il est impossible de savoir qui sera notre prochain premier ministre, force est de constater que des tendances idéologiques sont, au contraire, très claires.

Prenons d’abord les “tendances” dans les intentions de vote :

Avec 60% des intentions de vote (ADQ et PLQ), on sent nettement un rejet de la bureaucratie sociale-démocrate de la part des Québécois. Tout comme en Suède, modèle social-démocrate par excellence, le peuple se rend compte que le modèle devient incompatible avec la fin de la crise et la croissance économique. Autant le modèle social-démocrate séduit lorsque ça va mal et qu’il faut soutenir une aide sociale adéquate, autant cela devient un frein énorme lorsqu’il est temps de tirer la société vers le haut.


L’exemple le plus frappant, pour la première fois, la province du Nouveau-Brunswick fait beaucoup mieux que le Québec en matière de création d’emploi. La recette ? Baisse des taxes aux entreprises, réduction de la bureaucratie et donc, grosses économies budgétaires.

Et les Québécois le savent ! Bien des indicateurs économiques sont au vert, mais leur compte de taxe ne baisse pas alors que “l’état providence” devient un boulet pour la société qui continue de s’endetter. 120 milliards de dette publique pour le Québec, 200 milliards réels puisqu’il faut ajouter les dettes des municipalités et l’objectif du déficit zéro qui est encore loin d’être atteint ! Comment espérer retrouver un niveau de taxation raisonnable ?

Une large majorité des Québécois semblent donc rejeter le modèle social-démocrate, ce qui est confirmé par la très intéressante étude CROP/Radio-Canada (visible ici) :

- Instauration de cliniques et de services de santé privés :
55% assez ou très favorable
44% peu ou pas favorable

- Dégel des frais de scolarité :
49% assez ou très favorable
47% peu ou pas du tout favorable

- Réduction de la taille de l’état :
66% assez ou très favorable
30% peu ou pas favorable

- Remboursement de la dette :
88% assez ou très favorable
14% peu ou pas favorable

- Accorder une allocation de 100$/enfant d’âge préscolaire aux parents qui n’envoient pas leur enfant en garderie subventionnée :
56% d’accord
39% pas d’accord

… et enfin

- Êtes-vous en faveur ou opposé à un référendum sur la souveraineté du Québec ?
31% en faveur
64% opposé

Alors que l’issue du scrutin reste incertain, il semblerait que les Québécois savent assez bien ce qu’ils attendent de leur prochain gouvernement. Mais là où ça se corse, c’est en cas de victoire du Parti Québécois. Si le PQ l’emporte, ce sera par défaut, c’est d’une évidence incontestable… et en plus, le parti tentera d’appliquer une politique qui ira dans le sens opposé aux souhaits des Québécois !

Depuis quelques années, ce parti qui se devait d’être un rassemblement étendu de souverainistes de tous bords, devient de plus en plus un simple parti institutionnalisé “comme les autres”, juste ouvert aux idées dites “progressistes”. Pourtant, le PQ aurait dû être plus attentifs aux attentes de son électorat et surtout, aux signaux envoyés par ce dernier.

Ainsi, ni le glissement de son électorat de la ville de Québec vers le parti conservateur l’an passé, ni celui de son électorat traditionnel du Saguenay n’ont semblé les inquiéter ! Pire encore, alors qu’en région l’ADQ grappille des deux côtés : PLQ et PQ, le Parti Québécois poursuit son aberrant jusqu’au-boutisme !

Pourtant, la situation n’a rarement été aussi favorable au Parti Québécois : Charest est impopulaire, bilan gouvernemental assez décevant… et avec ça, le PQ fera, sans grande surprise, un moindre score qu’en 2003 ! Là non-plus, personne au PQ ne semble prendre conscience de la situation. À force de ne pas écouter leur électorat, le PQ devient de plus en plus un parti exclusif, alors qu’au contraire, il devrait être un parti inclusif. Je fais moi-même partie de ces souverainistes qui se sentent de moins en moins “chez-eux” au Parti Québécois… dommage.

De l’autre côté, ce n’est pas bien mieux. Jean Charest s’est fait grappiller une partie de son électorat francophone et Mario Dumont fait preuve d’amateurisme alors qu’il pose les bonnes questions en n’apportant pas les bonnes réponses.

Mais il y a encore des incertitudes. Quel sera le comportement des indécis généralement favorables au Parti Libéral ? Est-ce que l’électorat adéquiste ira jusqu’au bout de ses intentions ou ne sera pas tenté de voter pour leur parti d’origine ? Ne risquerons-nous pas d’avoir un déséquilibre dangereux entre le Québec des régions et le Québec de la métropole ?

Cette fin de campagne est aussi imprévisible que passionnante… j’ai rarement vu ça ! Lundi, nous serons nombreux à nous coucher bien tard, tant le résultat final risque d’être vraiment tardif…

Articles relatifs

Leave a Reply