Mi-campagne mitigée

Filed Under (Politique, Québec) by Jean-Philippe on 10-03-2007

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À la veille du “Débat des chefs” qui opposera, mardi, les trois prétendants au poste de premier ministre du Québec, il est temps de faire un petit bilan de cette première moitié de campagne.

C’est, je dois le dire, assez décevant. En 2003, nous avions eu droit à une campagne sans grande saveur, avec un Bernard Landry, dictionnaire de citations latines sous le bras, qui n’a fait que tenir le peuple québécois à distance, avec son ton tellement professoral et… soporifique.

Mario Dumont, le “super-Mario” de l’époque, avait nettement percé dans les sondages quelques mois avant le scrutin, mais n’arrivait pas du tout à tenir ses troupes. Le programme adéquiste changeait en fonction des personnes qui en parlait dans son propre entourage, ce qui m’avait incité à parler “d’Auberge Espagnole” de la politique québécoise : vous y trouverez ce que vous y apporterez.


Le seul qui, à mon sens, avait été brillant et incisif, c’est Jean Charest qui avait mené une relativement bonne campagne, sans excès, mais efficace. Malgré le “soit-disant” bon bilan du gouvernement Landry, les Québécois souhaitaient du changement après deux mandats consécutifs du Parti Québécois.

Cette année, il n’y a que Bernard Landry qui est absent. Ayant laissé son siège de chef du PQ, c’est le jeune André Boislcair qui a pris sa place.

Malgré le “peu” de changement dans le paysage politique du Québec, les rôles sont un tantinets inversés. En 2003, c’est Bernard Landry qui était au front pour défendre son bilan et Jean Charest avait le beau rôle de chef de l’opposition. La petite phrase de Jacques Parizeau, le jour même du “Débat des chefs”, avait définitivement enfoncé le clou du cercueil de Bernard Landry, même s’il aurait sans aucun doute perdu malgré cela.

Aujourd’hui, c’est Jean Charest qui doit se défendre. Il doit justifier le fait qu’il n’a pas tenu ses promesses. En 2003, il se disait “prêt” à baisser les impôts, “prêt” à s’attaquer au problème de la santé, “prêt” à relancer l’économie québécoise, mais force et de constater que c’est un échec.

Malgré tout, André Boislcair nage dans l’incompétence. Malgré le scandale des commandites qui aait provoqué un grand sursaut souverainiste au Québec, malgré un gouvernement Charest impopulaire, malgré la ferveur qui avait accompagné son accession à la tête du Parti Québécois, André Boislcair déçoit et s’effondre dans les sondages. Pire même ! Si la tendance ce maintien (comme dirait l’autre), le PQ pourrait connaître sa pire déconfiture depuis sa création !


Alors qu’il y a moins d’un an, le PQ était donné largement gagnant, André Boisclair a multiplié les maladresses. Mais est-il le seul responsable ? Pas du tout ! Le Parti Québécois est un parti qui s’est éloigné de sa principale vocation en devenant un vulgaire suppôt social-démocrate, si cher à Bernard Landry, alors qu’au contraire, il s’agit d’être un mouvement populaire, transcendant les clivages politiques pour rassembler autant les souverainistes de droite que de gauche afin d’obtenir un pays !

Le seul qui aurait tendance à tirer son épingle du jeu est Mario Dumont… mais rien n’est joué encore. Déjà, Mario Dumont est reparti dans ses errements de 2003 et l’on se rend compte qu’il ne tient toujours pas son parti. Mais… la différence avec 2003, c’est qu’à la mi-campagne les intentions de vote s’étaient déjà effondrées, pas cette année !

Et là, voici le moment de mon coup de gueule ! J’entends, ici et là, des commentaires assez semblables : “Les politiques ne disent rien”, “ils pratiquent tous la langue de bois”, “ils ne nous parlent pas franchement”, “impossible de savoir ce qu’ils pensent vraiment”, etc.

Sur ce constat, je suis d’accord… Mais expliquez-moi maintenant, pourquoi tant de fiel est déversé sur ceux qui osent dire ce qu’ils pensent ? N’y a t-il pas une contradiction ?

Lorsqu’ils pratiquent la langue de bois ça ne vous plaît pas, mais s’ils s’ouvrent et n’hésitent pas à provoquer le débat voire la controverse, ça devient scandaleux !

Cela ne veut pas dire que je suis d’accord avec l’un ou l’autre, cela veut juste dire que pour avoir un débat, il faut des idées… des idées qui plaisent, des idées qui déplaisent, pas des phrases creuses et “préformatées” que l’on entend depuis déjà trop longtemps !

Vous n’êtes pas d’accord avec Jean-François Plante ? Vous avez le droit ! Dites-le ! Expliquez pourquoi vous n’êtes pas d’accord et vous obtiendrez peut-être un débat passionnant même !

Vous préférez peut-être que l’on parle de déficit zéro ? De déséquilibre fiscal ?… Oui, ce sont des débats importants également, mais la politique ce ne doit pas être “juste” des chiffres, des statistiques, cela doit être aussi un rêve, un espoir, l’évolution d’un mode de vie. Faire de la politique, c’est vouloir faire progresser nos sociétés, nos idéaux… on en est loin !

Évidemment, avec toutes ces levées de boucliers contre les politiciens qui osent dire ce qu’ils pensent, les autres vont craindre d’autant plus les dérapages et nous aurons droit, plus que jamais, à la langue de bois du politiquement correct et du politiquement acceptable.

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