juil 28
2006Michel Audiard (1920-1985)
Filed Under (Culturel, France, Hommage) by Jean-Philippe on 28-07-2006
Tagged Under : Cinéma, France, Littérature
Michel Audiard est né en 1920, à Paris. De père inconnu, l’enfant est élevé par les oncles et tantes de sa mère dans un appartement du XIVe arrondissement, quartier dont il hérite d’une certaine gouaille. Il développe rapidement de sérieuses prédispositions à la rédaction, décrochant son certificat d’études avec la mention “bien”, mais se décrit lui-même comme un élève turbulent n’écoutant jamais rien. Il se lance dans une carrière de journaliste, métier qu’il reprendra à la Libération.
Finalement, Michel Audiard découvre le milieu du cinéma presque par hasard : c’est en rentrant dans un journal spécialisé qu’il s’initie au septième art, aux dialogues de Prévert, au film Drôle de drame qui restera sa référence, au festival de Cannes.

Dans les années cinquante, Audiard se lance dans les dialogues de films. Il mène une coopération active avec le réalisateur Gilles Grangier (Le Rouge est mis, 125, rue Montmartre, Le Cave se rebiffe…) avant de littéralement exploser dans les années 60 avec le cinéma de Georges Lautner (Les Tontons flingueurs, Les Barbouzes, Ne nous fâchons pas…). Dès lors, il demande à ce que son nom soit écrit de la même taille que les stars du film sur les affiches. Il gagne beaucoup d’argent (au faîte de sa gloire, environ quatre cent mille francs pour un long métrage). Il en dépense beaucoup aussi, notamment dans les voitures et ses indispensables casquettes.
Au début des années cinquante, naît un courant, un mouvement de révolte contre les films à papa. Leur bastion, Les Cahiers du Cinéma, où Godard, Chabrol et Truffaut tirent à boulets rouges sur le cinéma populaire, dont la valeur cinématographique est, selon leur propos, inversement proportionnelle au nombre de spectateurs. C’est mathématique.
L’éternelle querelle entre le cinéma d’art et d’essai et le cinéma populaire est engagée. Les jeunes réalisateurs, en développant un cinéma plus personnel, voir élitiste, n’expriment que la révolte d’une jeunesse en mal d’idéaux et qui connaîtra son heure de gloire sur les pavés parisiens, un mois de mai 1968.
Audiard, issu de l’ancienne école, est l’une des têtes de turc de la Nouvelle Vague, qui voit en lui les restes d’un cinéma rance et réactionnaire. Relayé par des critiques comme Henry Chapier dans Combat, chaque film d’Audiard essuie un tir de barrage systèmatique. Jean-Louis Bory le traitant de “Marivaux de bistrot”, ce dont Audiard s’amusait : “D’abord, c’est moi qui ait commencé en le traitant de Goncourt F.F.I.. Ensuite j’adore Marivaux. Quand à l’association au bistrot, alors là, ça frise la flaterie”. Il monta néanmoins en première ligne avec l’aide de Jacques Lanzmann, dans les colonnes de Lui ainsi que dans son ouvrage Mon petit livre rouge paru en 1969.
Puis, le monde changea, les jeunes révoltés s’embourgeoisèrent. Les banderoles furent mises au placard et les critiques rebelles sur le petit écran. Bref, la terre tourna, la roue aussi. Elle tourna tellement que, lorsque les revues spécialisées se penchèrent sur le problème du scénario, tout le monde redécouvrit qu’Audiard disait des choses plus libres, plus lucides et plus interessantes qu’il n’y paraissait. Et le pestiféré de se retrouver interviewé par Les Cahiers du Cinéma et Cinématographe. Une reconnaissance tardive.
Audiard faisait partie des gens qui, pour parler littérature, n’ont pas besoin de s’allonger sur un divan. Un zinc de bistrot lui suffisait. De plus Audiard ne considéra jamais le cinéma comme un art essentiel, et c’est peut-être là qu’il se différenciait du sérieux de la Nouvelle Vague, mais comme un divertissement, voir un gagne-pain. Seul la littérature avait de prix à ses yeux. Et quand il dévoilait, durant deux cents pages, ses qualités d’écrivain, ces deux cents pages suffisaient à recevoir un prix.
Pour écrire, Michel Audiard se réfugie à l’hôtel de la Trémoille, près des Champs-Elysées. Il rédige à la main, enregistre sur un magnétophone et réécoute, jusqu’à trouver le ton parfait. Il lui arrive aussi de travailler dans les bars. En 1968, Audiard se lance dans la réalisation avec Il faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages. Fort de ce succès, il réalise huit autres films jusqu’en 1974, puis revient à ses premières amours : le dialogue.

La vieillesse obsédait Audiard, le terrifiait même. Il avouait y penser sans arrêt, craignant qu’elle ne le surprenne un matin au reveil. Mais à la question “La mort vous fait-elle peur ?”, il y a longtemps qu’il répondait “plus maintenant”. Car lui, il était déjà mort une fois, avec son fils François en 1978. C’est avec ce drame qu’il perdit sa foi en Dieu. Un Dieu avec qui il avait prit l’habitude de négocier, de parlementer. André Pousse s’en souvient : “On avait fait un pacte avec Dieu, tous les trois, Dieu Michel et moi,qu’on ne pourrait pas. Et puis y’a eu une couille dans l’ordinateur puisque lui, il est parti”.
Il ne se remettra jamais de la disparition de son fils et perdra définitivement sa foi en Dieu. Dès lors, sa plume se fait plus incisive, plus acerbe, plus cynique, comme en témoigne les films Série Noire ou On ne meurt que deux fois.
Michel Audiard est mort dans la nuit du 27 au 28 juillet 1985, dans sa propriété de Dourdan à l’âge de 65 ans. Pour la première fois de sa carrière, il n’aura pas eu le dernier mot.
Quelques citations d’Audiard…
Un secret consiste à ne le répéter qu’à une seule personne à la fois.
Les cons ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.
Il vaut mieux s’en aller la tête basse que les pieds devant.
Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, les types de 60 kilos les écoutent.
Les Français m’agacent prodigieusement, mais comme je ne connais aucune langue étrangère, je suis bien obligé de parler avec eux.
Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche.
On ne peut pas essayer d’être amoureuse de Papa. Maman a déjà essayé.
Pendant douze ans on a fait chambre commune mais rêve à part.
La police, c’est comme la Sainte Vierge, si on la voit pas de temps en temps, le doute s’installe.
Quand on mettra les cons sur orbite, t’as pas fini de tourner.
Dans la guerre, il y a une chose attractive : c’est le défilé de la victoire. L’emmerdant c’est avant.
Faut pas parler aux cons, ça les instruit.
Deux milliards d’impôts ! J’appelle plus ça du budget, j’appelle ça de l’attaque à main armée !
Une fille qui fait 95 de tour de poitrine et 32 de tour de tête ne peut pas vraiment être mauvaise. Elle peut seulement être légèrement sotte.
Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute.
Sources :
en particulier l’excellent site michelaudiard.com
découvrez, ou redécouvrez, quelques-unes des célèbres citations de Michel Audiard : evene.fr