Une étiquette qui tue ?

Filed Under (Politique, Québec) by Jean-Philippe on 26-07-2007

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Article paru dans le quotidien “Le Devoir” du 9 avril 2005, qui est, plus que jamais, d’actualité.

Les Québécois peuvent maintenant se dire « de droite » sans s’avouer pour autant atteints d’une maladie honteuse

« De droite » : c’est, au Québec, l’étiquette qui tue. Pour discréditer quelqu’un, pour l’« excommunier », elle suffit souvent. Mais avec le réexamen des fruits de la Révolution tranquille et du « modèle québécois », serait-on en train de lever le tabou ? Se dire « de droite » revient de moins en moins à s’avouer atteint d’une maladie honteuse ; plusieurs nouvelles petites publications se réclament même ouvertement de l’étiquette honnie du « conservatisme ». Plus que jamais, leurs porte-parole sont entendus à la télé et à la radio. Cela ne signifie pas pour autant que ces droitistes s’entendent parfaitement entre eux…

« Je suis en route pour l’aéroport, je m’envole pour Rome », dit Luc Gagnon, joint par cellulaire mercredi. Malgré les circonstances, malgré « la douleur d’avoir perdu l’équivalent d’un père », ce directeur d’Égards, une petite revue autoproclamée « de la résistance conservatrice », est enthousiaste et se montre disert. Il est en effet enthousiaste à l’idée d’être dans la Ville éternelle pour les funérailles de Jean-Paul II. Autre source de sa joie : que Le Devoir l’interroge sur l’État de la droite au Québec. « Oui, il y a quelque chose qui change », dit ce trentenaire de son ton affecté en réglant sa course de taxi. « Cette société se repositionne. On commence enfin à donner un peu d’espace à la droite à la télévision, à la radio. On revient à une société plus normale, où il y a une gauche et une droite et où la droite ose s’affirmer. » On a en effet vu Gagnon à TQS à quelques reprises récemment, lors des débats de fin de soirée. Le magazine L’Actualité, dans un récent dossier, a qualifié Gagnon d’un des seuls représentants de la « droite morale » au Québec. « C’est faux, nous sommes nombreux », rétorque Gagnon en soulignant qu’il a contribué à faire élire des représentants « pro-vie et pro-famille » aux instances du Parti conservateur lors du récent congrès à Montréal. Aussi, sa revue, Égards, n’est certes pas un succès de tirage, mais elle a suscité de nombreuses réactions. Il se réjouit : « Nous ne prêchons pas dans le désert », dit-il avant de lancer une maxime latine.

Le débat

« Le débat a de plus en plus lieu », a affirmé Michel Kelly-Gagnon, directeur de l’Institut économique de Montréal, un think tank néolibéral, mardi à Radio-Canada. Indicatif présent, « temple de la gogauche » - pour citer l’autodérision de l’animatrice Marie-France Bazzo -, recevait ce matin-là quatre représentants de la « droite québécoise », dont Michel Bock-Côté, Christian Dufour, chercheur à l’ENAP, et Stéphane Gendron, maire d’Huntingdon, pour discuter de l’état de ces courants de pensée. La réaction à cette heure de propos politiquement incorrects a été impressionnante. « On a arrêté de compter à 300 courriels », raconte Mme Bazzo, quelque peu estomaquée. L’équipe s’attendait à recevoir une volée de bois vert des auditeurs à la suite de cette table ronde. Mais finalement, si une majorité s’est montrée très critique envers les idées des invités - contestant par exemple l’idée voulant que la gauche soit toute-puissante au Québec -, bon nombre d’auditeurs se sont réjouis « d’entendre un autre discours » que ceux, « consensuels », des invités fréquents tels la militante Françoise David ou l’ancien syndicaliste Gérald Larose. « Certains m’écrivent qu’ils songent à sortir du placard et à avouer qu’ils sont de droite », relate Marie-France Bazzo en rigolant. L’animatrice explique que c’est son côté sociologue qui lui a donné envie de faire cette table ronde. Non pas qu’elle ait renoncé à son penchant pour la gauche, mais « ils ont été entre 35 000 et 50 000 à Québec à sortir dans la rue pour Jeff Fillion, par exemple. Ça reflète bien un phénomène réel. Aussi, les sondages nous montrent que des positions de droite sont plus fortes qu’on le croit. Nous, on s’est dit : il faut tenter de comprendre. Il ne faut pas attendre que ça nous éclate à la figure après des élections ». Elle souligne au passage qu’entre les « énormités, les niaiseries, les horreurs, parfois, on se dit : mais je suis d’accord avec lui lorsqu’il dit cela ».

De la Grande Noirceur à la Grande Clarté

Pour Christian Dufour, la société québécoise a depuis trop longtemps vécu dans une sorte d’unanimisme de gauche instauré par la Révolution tranquille. « Il y a clairement un déséquilibre. On est passés de la Grande Noirceur à la Grande Clarté. Si la première était oppressante, la seconde est aveuglante. On ne doute plus. On sait où il faut aller. Et ceux qui ne veulent pas suivre, on les excommunie. » Le manifeste du Cercle Raymond-Aron proclame en effet que « la gauche a le monopole du coeur. Hors de l’Église progressiste, point de salut ». Selon Christian Dufour, c’est pourquoi on est incapable de nuances dans la critique des PPP, qui a donné lieu à une « démonisation délirante du secteur privé ».

Ce serait la question nationale qui aurait empêché depuis des lustres que le Québec se « rééquilibre sur le plan idéologique », dit Dufour. Dans ce contexte, la personne de droite est simplement exclue de l’identité nationale. « Lorsque Jean Charest, aux élections de 1998, a affirmé qu’il voulait repenser le modèle québécois, la manoeuvre de Bouchard a été de dire qu’il n’aimait pas le Québec », rappelle l’historien Xavier Gélinas, qui « confesse » être conservateur (sans compter qu’il travaille au Musée des civilisations à Ottawa, où il occupe un poste de… conservateur).

L’historien Éric Bédard, de l’Université du Québec à Rimouski, estime qu’une certaine droite a développé une mentalité d’assiégé. Mais le plus grave est ailleurs, selon lui : l’interprétation « simpliste » qui confronte un « avant-1960 sombre et un après lumineux » nous empêche de percevoir la diversité du conservatisme passé. Nous avons une propension à chercher dans notre passé une seule et même chose : les indices de l’avènement de notre modernité, et ce, pour célébrer la Révolution tranquille. Si bien que « le conservateur, c’est toujours l’”autre” ». Tout cela empêcherait la formation de véritables traditions intellectuelles et idéologiques puisque, dans cette perspective, tout ce qui vient avant 1960 est à jeter aux poubelles (comme l’a d’ailleurs déjà affirmé l’écrivain Jacques Godbout). Or, en fouillant le passé, on peut faire des rapprochements surprenants, note Bédard : « Certains radicaux ultramontains [...] rejetaient purement et simplement, un peu comme certains leaders de l’Union des forces progressistes et des syndicats, le matérialisme américain ; d’autres, plus modérés et réformistes, ont cherché [...] dans la “doctrine sociale de l’Église” des moyens de contrecarrer les effets désocialisants du libéralisme économique par la coopération locale (par exemple, le Mouvement Desjardins). »

Christian Dufour voit du reste dans la « domination de la gauche vertueuse » au Québec la marque d’une société où les valeurs féminines ont le haut du pavé, comme la générosité illimitée. « C’est “sainte Janette Bertrand, priez pour nous” », lance-t-il, provocateur. La droite, « c’est plus masculin ; ce sont des valeurs liées au principe de réalité : “désolé, mais l’État n’a plus d’argent”. Or on a besoin des deux ! ». Il note qu’on a souvent reproché à Margaret Thatcher de ne pas être une « vraie femme » parce qu’elle était de droite. Marie-France Bazzo souligne que pour organiser un débat sur ces questions, il est difficile de trouver des femmes de droite. Mais il y a au moins une exception, note Mme Bazzo : l’animatrice Isabelle Maréchal, qui joue les Ann Coulter soft de la télé québécoise (Coulter est cette blonde journaliste de droite abonnée aux talk shows de la chaîne Fox). Autre exception : Brigitte Pellerin, qui a écrit pour le magazine libertarien en ligne Le Québécois libre et qui publie des chroniques dans le Ottawa Citizen.

Quelle droite ?

La droite ? Il vaudrait peut-être mieux dire « les droites » tant les courants sont nombreux. On peut en cerner environ quatre dans le Québec d’aujourd’hui. Mais aucun d’entre eux ne refuse explicitement la démocratie ni ne s’attaque obsessionnellement aux immigrés. L’on peut dès lors conclure qu’il n’y a pas vraiment d’extrême-droite au sens européen du terme au Québec. - D’abord, la droite la plus visible, depuis les années 80, c’est la néolibérale. On la connaît : elle veut réduire les impôts, réduire la taille de l’État. Elle est obsédée par l’économie autant que l’était, dans l’autre extrême, le marxisme. Michel Kelly-Gagnon l’incarne à merveille, de même que d’autres têtes d’affiche comme le professeur Léon Courville. Politiquement, l’Action démocratique (ADQ) de Mario Dumont incarne cette tendance. Mais Rock Tousignant, de La Lettre conservatrice, affirme que dans l’orbite du PQ, l’ancien ministre Joseph Facal, maintenant professeur aux HEC, pourrait en faire partie. - La deuxième, c’est la droite populiste. Elle s’incarne de manière très visible par Stéphane Gendron (surtout depuis le retrait des ondes de Jeff Fillion), notamment en raison de sa position sur la peine de mort. Bien que M. Gendron illustre « la percée de la droite » au Québec, dit Luc Gagnon, il a toutefois un défaut : « Son programme n’est pas assez cohérent. » En effet, Gendron est en faveur du mariage homosexuel et de l’avortement libre et gratuit. « Mais au moins, c’est un démolisseur, dit Gagnon. Or il faut démolir ce qui est corrompu, ce qui est pourri, comme toutes ces vieilles structures pourries des années 60, construites par les baby-boomers. » Au reste, selon Louis Cornellier, chroniqueur aux essais du Devoir, il faudrait classer dans cette catégorie « populiste » le journaliste Claude Poirier, dont on a fait un héros en consacrant une série à ce tenant de la « loi et de l’ordre ». - Troisièmement, il faut parler de la droite nationaliste intellectuelle. Elle est bien représentée par le Cercle Raymond-Aron, par exemple, qui entend « s’inspirer de la lutte aronienne contre le socialisme de son temps pour défendre les institutions de la démocratie libérale menacées par la montée de la nouvelle gauche québécoise ». Ses positions à tendance républicaine et sans référence à la religion la rapprochent de celle d’un Jean-Pierre Chevènement en France. - La quatrième, c’est la droite traditionaliste. Elle est incarnée notamment par Égards et le Cercle du 3-Juillet. C’est la droite la plus « morale ». Les deux croient en un « ordre transcendant » et aiment bien le cardinal Ouellet ainsi que le catholicisme d’avant Vatican II. Le Cercle du 3-Juillet fait fonds de la tradition canadienne-française. Son président, Pierre Trépanier, est un des grands spécialistes et admirateur de l’abbé Groulx.

Quant au groupe d’Égards, il admire George W. Bush, déteste l’État, la « culture gay », et s’inspire davantage de la tradition néoconservatrice américaine tout en citant Joseph de Maistre, écrivain français du XIXe siècle. Pierre Trépanier reproche même au groupe d’Égards d’être « étranger au traditionalisme canadien-français ». C’est là, selon lui, « une droite apatride, dominée par le néoconservatisme, le néolibéralisme et l’impérialisme à l’américaine, et cela, jusqu’à la caricature : défendre Wal-Mart contre les mauvais syndicats ! ». Luc Gagnon rétorque : « Ah ! on ne peut rapatrier tout du passé canadien-français et se replier sur la francité. Il faut s’ouvrir au monde. Or l’espoir pour la droite, actuellement, c’est les États-Unis. »

On trouve aussi dans Égards une tendance « trash » qui déplaît souvent même aux représentants du conservatisme. Xavier Gélinas, qui collabore à la revue d’histoire Mens, dit ne pas comprendre comment Égards peut publier, numéro après numéro, l’écrivain d’origine française Maurice Dantec, dont le style est pour le moins déchaîné. « Le joual ou l’argot, ça détonne dans une revue qui se dit conservatrice », opine Gélinas.

Mathieu Bock-Côté, pour sa part, dit avoir refusé de se joindre à Égards. Quant à La Lettre conservatrice, il la qualifie de « bouffonnerie ».

En somme, Luc Gagnon, avec Égards, a beau vouloir promouvoir un « oecuménisme de droite », la partie semble loin d’être gagnée.

Antoine Robitaille

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La majorité reste à droite, léger sursaut à gauche

Filed Under (France, Politique) by Jean-Philippe on 17-06-2007

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La gauche mangera encore du pain noir durant les cinq prochaines années. Incapable de convaincre les Français, cela fait maintenant dix ans que la gauche n’a pas gagnée à une élection nationale. On voit déjà les responsables de la gauche se “réjouir” de leur score meilleur que prévu, mais ils devraient plutôt réaliser, enfin, qu’ils sont encore bien loin du pouvoir, quoiqu’ils en disent.


Nicolas Sarkozy a maintenant toute la marge de manœuvre nécessaire (350 députés : 328 UMP et 22 du nouveau centre), afin de mettre en application ses réformes.

Le plus difficile reste à faire donc !

[Mise à jour : 17h40 (Montréal)]

Marie-Ségolène l’annonce officiellement, ce qui ne laissait guère de doute depuis quelques semaines, la candidate socialiste battue aux présidentielles, a ainsi demandé, je cite, “à François Hollande de quitter le domicile, de vivre son histoire sentimentale de son côté”

Selon Laurent Gloaguen, la maîtresse du premier secrétaire socialiste serait la journaliste Valérie Trierweiler. Journaliste qui avait écrit un article orienté “people” au sujet du couple Hollande/Royal, dans Paris-Match il y a trois ans.

C’est tout de même bien curieux de faire une telle annonce, au moment d’une élection nationale ! Marie-Ségolène semble préférer sa vie personnelle au débat de fond…

Autre observation, les personnalités de gauche qui faisaient leurs choux-gras au sujet de Cécila Sarkozy, demandent déjà de bien faire la distinction entre vie publique et vie privée !

[Mise à jour : 18h45 (Montréal)]

Christophe de Montréal à moi, s’étonne aussi du discours socialiste et n’hésite pas à parler ironiquement de victoire pour la gauche.

Comme je l’ai mentionné chez Laurent Gloaguen, qui n’hésite pas à parler de “claque” pour l’UMP, la gauche à juste fait “moins pire” qu’en 2002, il ne faut pas l’oublier… Avec 320 députés Laurent, des “claques” comme celles-là, j’aimerai en recevoir tous les jours… Et le Parti socialiste également, tu peux en être sûr !

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Bayrou : le mythe du changement

Filed Under (France, Politique) by Jean-Philippe on 28-04-2007

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La politique française est imprévisible. Alors qu’en 2002, la gauche plus désunie que jamais, avait contribué à porter Jean-Marie Le Pen au second tour, cette année, alors qu’un duel “traditionnel” droite/gauche s’imposait dans les sondages et… dans les résultats du premier tour, voilà que le candidat centriste François Bayrou, fait parler de lui comme jamais !

D’habitude, depuis que l’élection du président de la république française se fait au suffrage universel direct, le candidat arrivé troisième, donne (ou non), ses consignes de vote pour le second tour et s’éclipse afin de laisser le champ libre aux débats entre les deux finalistes.

Mais ici, François Bayrou joue les prolongations. Il souhaite un débat avec Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal entre les deux tours. Seule, la candidate socialiste acceptera le dialogue public. C’est un peu ridicule.


Les Français, le 6 mai, auront à choisir entre deux candidats, pas trois, ni quatre. Juste deux ! Le 6 mai, les Français devront choisir entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal… Pas entre Ségolène Royal et François Bayrou. Le candidat UDF joue au figurant qui tenterait de prendre le premier rôle, alors qu’il n’a pas été retenu par le casting le 22 avril !

Ses idées, François Bayrou a eu largement le temps d’en parler, de les présenter aux Français durant au moins six mois (les campagnes électorales en France sont très longues). Alors que vient-il faire ici, alors que les Français ne voulaient pas de lui au second tour ? À ce moment-là, pourquoi ne pas faire des débats avec le quatrième (Jean-Marie Le Pen), le cinquième (Olivier Besancenot) ?… Pourquoi pas ? Si un exclu du second tour peut débattre avec des finalistes, pourquoi lui et pas les autres ?

Rendus là, pourquoi donc y a t-il un premier tour à cette élection ?

Et là, je m’amuse. Je m’amuse de voir, de loin, François Bayrou s’inventer une virginité politique. Je m’amuse de lire les déclarations du candidat centriste, nous dire qu’il est l’homme du changement !

Tu parles de changement ! Depuis 1979, François Bayrou côtoie le pouvoir. Tout d’abord au ministère de l’agriculture, aux côtés de Pierre Méhaignerie, puis durant quatre ans au ministère de l’Éducation nationale, entre 1993 et 1997.

Je me souviendrais de l’arrivée de François Bayrou à l’éducation. Lui et ses belles promesses de changement. Son discours enflammé, parlant de réformes, d’éducation du XXIe siècle ! … Mais en quatre ans, le ministre Bayrou n’a rien fait ! Rien ! … Ah ! Je suis ingrat. Oui, il a fait une chose : mettre en place un numéro vert (l’équivalent de nos numéros 1-800), pour les profs battus. En quatre ans !

François Bayrou, à l’éducation nationale, et comme j’en parlais dans un billet précédent, était incapable de s’imposer et de prendre des décisions. Il faisait de l’œil à la gauche étudiante (UNEF), sans vouloir s’aliéner la droite universitaire (UNI). En quelques mois, envolés les beaux discours, les belles promesses… Bayrou était redevenu l’homme du système, ce même système qu’il pourfend si violemment depuis quelques mois. Quelle ironie !

Aujourd’hui, François Bayrou aimerait donc nous faire croire que ce qu’il n’a pas réussit dans un seul ministère (certes, pas le plus facile à gérer), il serait capable de le faire à grandeur du pays et des institutions ? Comme on dit au Québec : “Retourne donc faire tes devoirs, et on verra si tu es capable après”.

Et là, François Bayrou déraille. Depuis le premier tour, et son score relativement élevé (18.6%), le candidat centriste joue donc les prolongations et tente de s’approprier une partie du débat.

Sans le dire franchement, François Bayrou entre-ouvre la porte à la candidate socialiste, sans trop que cela paraisse, tout en égratignant le candidat de l’union de la droite, Nicolas Sarkozy… sans trop s’acharner dessus.

La chimère du grand parti centriste

Gonflé comme un ballon de baudruche par son score du premier tour (même s’il était bien distancé par les deux finalistes), il se prend à rêver. Bayrou n’a plus les pieds sur terre… déjà, il parle d’un grand Parti Démocrate, sans doute à l’image de celui que l’on connaît aux États-Unis. Il imagine ses “presque” 20% d’électeurs le rejoindre dans cette formation, créant un “grand centre”, jouant les contrepoids aux deux grandes formations politiques françaises.

Mais François Bayrou semble bien mal connaître son électorat. Et ça, c’est quelque chose d’assez frappant lorsque l’on lit ses déclarations. François Bayrou à l’air de s’imaginer que son électorat est cohérent. Un bon électorat centriste, comme aux grandes heures de l’UDF et de Valéry Giscard d’Estaing, ou encore du MRP et de Jean Lecanuet.

François Bayrou oublie que son électorat est bien différent. Il oublie qu’entre 2002 avec ses 7% obtenus et 2007 avec 18.6%, il y a une différence de taille : il ne contrôle pas son électorat ! Et il doit s’en rendre un peu compte, car tout en faisant des appels du pied à Ségolène Royal, il se garde bien d’appeler ouvertement à voter pour elle au second tour.

Mais c’est Matignon qu’il veut… et il le veut depuis déjà bien longtemps. Déjà en 2002, il en avait voulu à mort à Jacques Chirac de ne pas l’avoir nommé premier ministre. Même en 1995, en ralliant Édouard Balladur, il espérait damer le pion de Nicolas Sarkozy afin d’être le nouveau locataire de l’hôtel Matignon… en vain.

Il sait bien aujourd’hui, qu’il a plus de chances de réaliser son rêve depuis que Ségolène Royal lui fait du charme, qu’avec Nicolas Sarkozy qui n’apprécie pas vraiment la multitude de retournements de veste du candidat Bayrou.

Un électorat plutôt centre-droit que centre-gauche

Et l’on reparle de son électorat. Un électorat centriste de l’UDF, beaucoup plus au centre-droit que son chef. Un électorat qui, traditionnellement, vote majoritairement pour le candidat de droite au second tour. Même parmi les députés UDF, la grogne se fait entendre. De nombreux députés UDF ont fait savoir qu’ils n’accepteraient jamais que leur chef apporte son soutien aux socialistes. D’ailleurs, pourquoi soutiendraient-ils le parti socialiste le plus à gauche en Europe ? Cela va à l’encontre de bien des valeurs centristes.

Déjà, 23 parlementaires UDF (dont 19 députés), ont apportés leur soutien à Nicolas Sarkozy. Même Charles de Courson, pourtant un soutien inconditionnel de François Bayrou, s’est affiché aux côtés de Nicolas Sarkozy en visite dans son département. Pire encore, le fondateur de l’UDF, l’ancien président de la république Valéry Giscard d’Estaing, soutien Nicolas Sarkozy et le reçoit même chez lui, à Chanonat. Un coup dur pour l’actuel président de l’UDF.


Et Bayrou doit aussi se gratter la tête en lisant les sondages : 51% de ses électeurs font plus confiance à Nicolas Sarkozy pour réformer le pays (24% pour Ségolène Royal). 42% des électeurs UDF pensent que Nicolas Sarkozy ferait un bon président de la république (20% pour Ségolène Royal).

Que va donc t-il apporter à Ségolène Royal ? 4 ou 5% ? Alors que Nicolas Sarkozy devrait disposer aux alentours de 10 points supplémentaires, apportés par les centristes ? C’est sur cette base que François Bayrou souhaite créer un grand parti centriste ?

Un bon score durant une élection, n’a jamais été un gage de pérennité. Parlez-en à Philippe de Villiers, arrivé troisième aux élections européennes de 1994 avec plus de 12% des voix ! On peut aussi parler de Jean-Marie Le Pen qui, en 2002, a obtenu près de 17% des voix aux élections présidentielles.

Faire un “bon coup” n’est pas très compliqué lorsque l’on sait vendre sa salade, lorsque l’on répond à une certaine attente de l’électorat. Par contre, il est plus difficile de maintenir le cap, alors que François Bayrou a toujours agit en girouette. Son “Parti Démocrate” risque bien d’être une autre coquille vide centriste, une fois qu’il aura perdu une partie de ses députés et de son électorat au profit de Nicolas Sarkozy.

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Philippe Tesson ou le journalisme éclairé

Filed Under (Culturel, France, Hommage, Politique) by Jean-Philippe on 21-04-2007

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J’ai, dans mon Panthéon personnel, quelques idoles, quelques icônes qui ont, sans le moindre doute, influencé ma vie, mon esprit et mes idées. Parmi eux, Philippe Tesson est bien haut dans la liste.

Avec l’écrivain Roger Nimier, Philippe Tesson est un des personnages qui m’a donné le goût d’écrire et de lire.

Philippe Tesson, un des derniers grands journalistes français, a été rédacteur en chef, patron de presse même, lorsqu’il était à la tête du (très) regretté “Quotidien de Paris”.

Je me souviens comme si c’était hier, de l’effervescence qui me gagnait, chaque matin, lorsque le facteur déposait la parution du jour du Quotidien. Le “Quotidien de Paris”, journal indépendant, vestige d’une époque où la presse française était très riche et diversifiée, bien avant que la presse se copient les uns et les autres, en reprenant les mêmes nouvelles, leur apportant un traitement souvent identique.

Depuis, les grands groupes de médias se sont emparés des gros titres de la presse, transformant cette richesse culturelle et intellectuelle, en vitrine mercantile et sans saveur.


Malgré la disparition du “Quotidien de Paris”, Philippe Tesson continue de sévir dans les médias, pour notre plus grand bonheur. L’esprit vif, malgré son âge, sa culture générale inégalable, et son franc-parler détonne avec l’environnement médiatique et politique actuel.

C’est presque par-hasard que j’ai trouvé cette fabuleuse citation de Philippe Tesson, au sujet du débat présidentiel français (un délice) :

“Moi je suis journaliste donc je me mets à part. Mais je me mets à la place d’un honnête électeur moyen. Moi je ne suis pas honnête, je suis journaliste ; je ne suis pas moyen, je suis vieux (…) Il aimait mieux le premier (Sarkozy), il entend le deuxième.

Là dessus arrive sur le terrain de course François Bayrou dont la fonction ontologique, historique et politique est l’indécision. (…) C’est pour cela qu’il monte : plus il y aura d’indécis plus il y aura d’électeurs.

Mais les choses vont se normaliser. J’espère !

J’espère que Sarkozy va revenir a de meilleurs sentiments dans sa définition entre la société et l’état et que Ségolène Royal va rentrer dans les écuries du parti socialiste où l’attendent les palefreniers historiques.”

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The Economist partage mon point de vue !

Filed Under (France, Politique) by Jean-Philippe on 11-11-2006

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Je viens de découvrir la “une” du magazine “The Economist”, qui m’a fait curiseusement penser à ce que j’avais pu écrire, il y a quelques semaines, au sujet des élections présidentielles françaises…


Cependant, même si la “révolution tatcherienne” fût possible en Grande-Bretagne, je ne pense pas que la France des “droit-z-acquis” et de la lutte des classes, soit préparée à un tel bouleversement. Bouleversement qui serait pourtant bien salutaire.

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Anti-communisme primaire

Filed Under (Politique) by Jean-Philippe on 18-08-2006

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