Alexandre Soljenitsyne : disparition d’un héros

Filed Under (Actualité, Histoire, Hommage) by Jean-Philippe on 04-08-2008

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L’écrivain russe et prix Nobel de littérature, Alexandre Soljenitsyne, est décédé dans la nuit de samedi à dimanche, à Moscou. La maladie, mais également l’âge (il avait 89 ans), ont eu raison de cette icône de la résistance et de la dissidence.

Car c’est un véritable symbole qui vient de disparaître. Un symbole de courage et de détermination, un symbole très fort au sein de ma famille de pensée, nous, les “anti-communistes primaires”. Nous, qui étions parfois ridiculisés avant la chute du mur de Berlin, car notre lutte contre le “communisme et le socialisme triomphant”, allait “à l’encontre de la roue de l’Histoire”. Je n’invente rien, même si certains ont la mémoire parfois dramatiquement “sélective” !

Alexandre Soljenitsyne, lui, en plein règne de Staline, n’hésite pas à dénoncer la souffrance qu’impose le régime aux Russes. Cela lui vaudra une condamnation pour traîtrise et sera envoyé dans un “Goulag” durant huit ans, avant d’être contraint à l’exil au Kazakhstan. Malgré une courte “réhabilitation”, l’auteur est interdit de publication dans son pays et doit contourner la censure pour faire paraître ses livres en Occident. Malgré tout, il refuse de quitter l’Union soviétique, ce considérant comme beaucoup plus utile dans des murs, qu’à l’extérieur.

En 1970, il reçoit le prix Nobel de littérature qu’il ne pourra recevoir que quatre ans plus tard. À l’époque, les “progressistes” de tous poils, comparent ses écrits à de l’affabulation, en bons négationnistes qu’ils étaient.

C’est en 1973 que paraît en langue russe, à Paris, l’une de ses œuvres majeures, “L’archipel du Goulag”, dans laquelle il décrit de l’intérieur, les camps de concentration du régime communiste. Ce manuscrit, écrit entre 1958 et 1967, alors qu’il était surveillé par le KGB, qu’une partie de ses archives avait été confisquée, est tout un symbole à lui seul.

L’histoire du manuscrit de “L’archipel du Goulag” est digne d’un roman d’espionnage. Durant sa rédaction, il écrivait sur de petits morceaux de papier qu’il dissimulait chez des amis, tandis qu’il était parvenu à envoyer une copie en Occident. Malheureusement, une des personnes qui cachait le manuscrit est passé aux aveux, torturée par le KGB et fût contrainte de se pendre, ce qui décida Soljenitsyne à publier son livre.

En 1974, le pouvoir communiste expulse l’écrivain et lui retire sa citoyenneté soviétique. Après la Suisse et les États-Unis, Alexandre Soljenitsyne poursuit sa lutte contre le communisme, mais n’est également pas toujours tendre avec les travers de l’Occident. Il dénonce ainsi la perte des valeurs et la société très matérialiste qui est en train de se construire au mépris des repères fondamentaux.

(…) la médiocrité triomphe sous le masque des limitations démocratiques.(…) Il est aisé en tout lieu de saper le pouvoir administratif, et il a en fait été considérablement amoindri dans tous les pays occidentaux. La défense des droits individuels a pris de telles proportions que la société en tant que telle est désormais sans défense contre les initiatives de quelques-uns. Il est temps, à l’Ouest, de défendre non pas tant les droits de l’homme que ses devoirs.

Ce n’est qu’en 1993 que Soljenitsyne peut retourner dans son pays natal et reprendre sa citoyenneté russe. À partir de 1998, il se fît un peu plus rare sur la scène médiatique, alors que la maladie commençait déjà à le rattraper.

Alexandre Soljenitsyne devra rester un exemple pour nous tous. Un exemple de détermination et d’abnégation.

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Adieu Boris !

Filed Under (Géopolitique, Hommage) by Jean-Philippe on 23-04-2007

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Boris Eltsine est mort aujourd’hui à l’âge de 76 ans. J’avoue que ça me fait un coup… Car même s’il n’a pas été le chef d’état russe le plus étincelant, il marqua l’histoire de la nouvelle Russie, quoiqu’on en dise.

Mettons de côté les pitreries journalistiques qui préféraient mettre de l’avant son goût prononcé pour l’alcool et ses écarts de conduite, plutôt que ce qu’il a apporté au peuple russe.

Boris Eltsine fût un chef d’état de transition. Le premier président de l’après Union Soviétique. Celui qui entreprit de gigantesques réformes constitutionnelles, qui posa les bases de l’économie de marché… des réformes colossales dans un pays qui s’est toujours réformé très lentement, et surtout, toujours aux prises avec un certain conservatisme.


Mais plus que toutes ces réformes, je retiendrais surtout un fait de l’histoire politique de Boris Eltsine : le courage dont il a fait preuve, en août 1991, pour s’opposer à la tentative de coup d’état de l’Armée Rouge.

Remise en contexte.

Le mur de Berlin s’est brisé moins de deux ans auparavant, mais le communisme est encore bien présent en Europe. Le bloc soviétique est en équilibre sur le fil du rasoir : cela peut encore pencher d’un bord, comme de l’autre.

En France (j’y vivais à l’époque), la menace soviétique qui était à 500 km des frontières françaises, n’était pas encore chose du passé. Je me souviens de cette époque où l’on pouvait lire parfois que l’Armée Rouge se trouvait à trois jours de la France… sans compter les milliers de missiles balistiques (les fameux SS-20), qui étaient, entre-autres, pointés dans notre direction.

Oui, Gorbatchev avait entamé des réformes, mais elles étaient très timides et surtout, faisait monter le mécontentement des communistes. On sentait la grogne, le malaise, la frustration. Les nostalgiques du grand empire soviétique ne voulaient pas laisser tomber le morceau aussi facilement.

Je me souviendrai toujours de cette nouvelle diffusée à la radio, dans la voiture de ma mère, ce jour de août 1991 : l’Armée Rouge tente de prendre le pouvoir à Moscou !… Nous étions interloqués, voire même terrifiés sur le coup.

Toutes ses années depuis la chute du mur nous avait fait oublier la menace soviétique… et voilà que cela semble repartir de plus belle !

Les analystes et les spécialistes en géopolitique se succèdent dans les médias. Ils sont dubitatifs et aucun n’apporte de véritables réponses. L’Europe a t-elle à craindre d’un retour des communistes ? Et si un malade prenait le pouvoir pour déclencher la troisième guerre mondiale ?

Cela durera plusieurs jours, je ne me souviens plus combien exactement. Quelques jours où le monde reteint sa respiration… Puis, voici un député du parlement, un inconnu pour les occidentaux, un certain Boris Eltsine s’amène avec quelques-uns de ses partisans pour s’opposer au coup d’état et défendre le bâtiment parlementaire.

S’amorce un duel et des tractations à n’en plus finir. La foule se masse, Eltsine n’hésite pas à monter sur un blindé des putschistes pour prononcer un discours enflammé. Grâce à lui, le peuple moscovite se mobilisa pour montrer que le peuple Russe ne souhaitait pas un retour en arrière.

Le pari est gagné. Les blindés se replient. Eltsine est devenu le héros du peuple, alors que l’apparatchik Gorbatchev restait impuissant.

D’ailleurs, cela provoquera la chute définitive du communisme russe. Gorbatchev fût pousser vers la sortie… et des élections libres eurent lieues.

Nous n’aurons jamais la certitude, mais peut-être que ce jour-là, Boris Eltsine a sauvé le monde, tel que nous le connaissons.

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